Depuis de nombreuses années, nous parcourons en couple les chemins de pèlerinage – Chemins de Compostelle – Via Francigena – Via Sancti Martini.
Bien souvent, nous avons été accueillis dans des gîtes « pèlerins » tenus par des bénévoles dont nous pouvions apprécier la gentillesse et la disponibilité. Aussitôt pris en charge, les difficultés de la journée s’estompaient.
Aussi, nous avons pensé que le temps était venu pour nous, maintenant que l’âge réduit un peu nos capacités de parcourir de longues routes, de passer de l’autre côté, du côté de ceux qui marchent moins mais contribuent à aider les autres à marcher.
Du 8 août 2025 au 24 août 2025, puis du 16 juillet 2026 au 1er août 2026, le Couvent de Vaylats a été le lieu de notre expérience d’hospitalier. Ce couvent, fondé par la Congrégation des Filles de Jésus, aujourd’hui unie à la congrégation du même nom située à Kermaria (Locminé), se situe entre Limogne en Quercy et Cahors, sur une légère déviation du GR 65. Le cadre en est remarquable. Oui, c’est beau !
Le Gîte Saint Anne dispose de 13 places réparties en 4 chambres. D’autres possibilités d’accueil existent à l’intérieur du couvent, pouvant porter le nombre des accueillis à 15 voire plus. Les pèlerins, comme les hospitaliers, bénéficient des repas servis par une cuisine professionnelle car le couvent est aussi une résidence pour seniors valides.
La vie de l’hospitalier est intense. L’exercice est d’autant plus délicat que la température, à ces dates, avoisine chaque jour les 40 degrés. Il faut se lever avant le jour pour servir le petit-déjeuner à tous ceux qui partent très tôt. Il faut laver les draps, refaire les lits, nettoyer les chambres et les sanitaires, faire les comptes journaliers. Parfois, il faut accompagner un bout de chemin.
Après le déjeuner, il faut ouvrir la permanence d’accueil, recevoir, rafraichir, inscrire et écouter les pèlerins qui arrivent tout au long de l’après-midi, les accompagner à leur chambre. Dans la soirée, il faut mettre la table du dîner puis débarrasser, essuyer la vaisselle, faire les piqueniques que les pèlerins trouveront sur la table du petit déjeuner. Puis, bonsoir ! A demain !
La vie de l’hospitalier est instructive. Pendant notre séjour, nous avons rencontré, chaque année, environ 160 pèlerins. Chacun est différent. De la famille dont l’âne transporte les affaires à ceux qui font livrer de grosses valises par la malle postale, en passant par le classique sac à dos, nous avons tout vu. Il faut bien se garder de porter un quelconque jugement, même si, parfois, on a envie de crier : « Stop au tourisme ! ».
La vie de l’hospitalier est enrichissante. Chaque pèlerin accueilli est un être humain qui, soit de manière incidente, soit de manière plus affirmée, nous livre et nous offre une part de ce qu’il est. Ce sont bien souvent de bien belles rencontres. Rester à l’écoute, s’effacer est fondamental. Une confidence a surgi avant la fin d’un petit déjeuner par la dernière à partir – une souffrance trop dure à porter. Certains n’ont pas réussi à « lâcher prise » et parlent de leur boulot, ce qui en agace d’autres. Nous avons appris un peu plus chaque jour à gommer ce qui pouvait devenir des conflits pour ne voir que des êtres « en chemin », sur leur chemin.
Voilà, pour nous, une bien belle expérience qui nous engage à poursuivre.
